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Le tacticien.

 

Le tacticien.

Depuis plus de 5 mois désormais, Féfé a rejoint l’équipe de coaching d’Eagle Gaming dans l’optique d’apporter une vision stratégique ainsi que son expérience tirée de son parcours professionnel dans l’univers du basket-ball. Alors que les aigles se sont qualifiés pour les phases finales des Overwatch Contenders saison 2, celui à qui l'on doit en partie le succès de l’équipe française a bien voulu prendre le temps de répondre à quelques questions. Ces dernières portent aussi bien sur la compétition que sur les choix tactiques, parfois décriés par les commentateurs européens...

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Depuis le mois de mars, Féfé est devenu un élément clé des rouages d’Eagle Gaming. (photo by NanaK)

Tristan Karache : Par rapport à la première saison des Overwatch Contenders, Eagle Gaming a rencontré plus de difficultés. Pouvez-vous comparer le parcours de ces deux saisons et nous en dresser une analyse ?

Féfé : Globalement sur cette deuxième saison, tout s’est passé comme prévu mis à part le match contre We Have Org où nous avons été surpris. Nous n’avons pas été capables d’imposer le rythme que nous aurions voulu soumettre. Notre défaite face à Team Gigantti est simplement due au fait que nous sommes tombés sur une équipe qui était plus forte que nous à cet instant de la compétition. Le niveau en Europe est très homogène. Certes, il y’a deux équipes qui surnagent la compétition, à savoir Angy Titans et Team Gigantti, mais je pense que n’importe quelle équipe peut gagner si elle met l’intensité nécessaire. Par rapport à la première saison où ça s’est passé sans accrocs, c’était un peu plus compliqué, mais ce n’est peut-être pas une mauvaise chose. La saison dernière, on ne nous avait infligé aucune défaite. On n’avait pas pu apprendre de nos erreurs ou moins. Perdre, c’est formateur. Finalement, cette saison, on aura pu corriger les fautes de parcours qu’on n’a pas eu l’occasion de faire la saison dernière et ça pourrait, qui sait, nous amener plus loin.

 

TK : Quel est le match qui vous a apporté le plus d’enseignements dans cette deuxième saison ?

F : Étant donné qu’à l'entraînement les autres équipes en Europe avaient tendance à jouer des compositions dive et nous axées tank, c’est celui contre We Have Org qui a proposé des formations tanks sur toutes les maps. C’est un style de jeu contre lequel on avait perdu l’habitude de jouer. Ca nous a permis de nous rappeler les principes de base et les différentes manières de s’adapter à ce genre de situation dans le but d’être le plus polyvalent possible.

 

TK : Êtes-vous satisfait de la performance actuellement réalisée ?

F : On finit sur un bilan positif de trois victoires et deux défaites. Mis à part le faux pas contre We Have Org, je suis globalement satisfait de la performance des joueurs.

 

TK : Eagle Gaming est ainsi qualifié pour les phases finales de la compétition. Comment abordez-vous le prochain match qui sera face aux joueurs d’Orgless and Hungry ? Précisons que ces derniers ont tout de même réussi à remporter la victoire face aux British Hurricane, grands gagnants de la saison 1 des Contenders.

F : On l’aborde avec beaucoup de réflexion parce qu’il y a un nouveau patch qui provoque beaucoup de changement au niveau de la méta et de la façon de jouer. Actuellement, on est en phase d’apprentissage. On essaye de découvrir ce qui peut marcher et ce qui risque de ne pas fonctionner pour constituer les meilleures stratégies et les meilleures compos sur les différentes cartes. Après, il y aura une phase d'entraînement intensive des compositions choisies. Par rapport à Orgless and Hungry, le fait qu’il y ait ce nouveau patch change toute la donne. On ne peut pas se baser sur ce qu’ils ont joué précédemment. On est forcés de s’appuyer sur notre jeu et d’essayer de deviner leurs stratégies. Le niveau des équipes est en quelque sorte redistribué.

 

TK : Vous êtes l’une des rares équipes professionnelles eSportives en Europe à compter 11 joueurs dans vos rangs. Comment faites-vous pour déterminer ceux qui seront inscrits sur la feuille de match ?

F : Pendant l’intersaison, j’ai fait de nombreux tests sur ce que je pensais qui, d’un point de vue stratégique, allait être performant. Ensuite, en fonction de ces tests, on a fait jouer les douze joueurs sur les compositions qui nous semblaient être fortes afin de déterminer ceux qui allaient pouvoir apporter le plus. Ça s’est joué sur des détails. Je n’ai pas vraiment pu me baser sur des statistiques pures et dures. C’était vraiment lié à mon appréciation personnelle. L’intersaison nous a permis de faire une série de tests, que ce soit en compétition avec la participation à la Dreamhack France, à l’ESWC OMEN by HP Trophy ou encore à l’Overwatch PIT Championship, et en entraînement. La sélection s’est faite par rapport à ce que l’on voulait jouer. Ce n’est pas une question de niveau de jeu ou d’écart de niveau entre les joueurs. On a voulu aligner les personnes qui collent le plus à ces compositions.

 

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Deux écoles représentées ici. Le t-shirt pour moonL et la chemise pour Féfé…

 

TK : Vous êtes arrivés pour renforcer l’encadrement début mars dernier. Pouvez-vous nous dresser un bilan de ces 5 mois ?

F : Je suis arrivé au sein d’Eagle Gaming deux semaines avant le début des Contenders saison 1. MoonL m’a demandé de rejoindre les rangs dans l’optique d’apporter une vision stratégique ainsi que mon expérience du basket professionnel. Au début, j’ai pris un groupe et j’ai décidé de le faire progresser collectivement, plus spécifiquement sur la partie communication. J’ai aussi travaillé individuellement avec certains joueurs pour leur permettre soit de mieux s’exprimer sur leur pick, soit d’améliorer leur vision de jeu. Ensuite, on a remporté le premier match face à CIS Hope. Dès lors, j’ai voulu capitaliser sur cette victoire et continuer avec ce groupe afin d’essayer d'enchaîner les matchs. On a fait une saison 1 en phase de groupe qui était plutôt convaincante et satisfaisante. Concernant les quarts de finale face à Team Gigantti, je pense qu’on n’était pas prêt pour ce rendez-vous et qu’on n’a pas réussi à se préparer de la manière dont on aurait voulu. À mon avis, une multitude d’événements ont impacté la préparation. Évidemment, on a été très déçu de perdre face à cette équipe, même si depuis le début je les voyais comme les favoris de la compétition aux côtés de British Hurricane. J’ai beaucoup réfléchi après la saison 1, surtout à la manière dont on allait faire avancer l’équipe. Je n’étais plus en situation d’urgence et c’était la première fois depuis que j’arrivais chez Eagle Gaming que j’avais le temps de faire des tests. J’ai essayé de faire au mieux, le plus objectivement possible, avec toujours en tête cette envie de prendre des décisions sur des critères que je considérais objectifs.

On a fait la Dreamhack avec un mix de joueurs qui n’avait jamais joué ensemble et ça s’est très bien passé, même si on a eu quelques petites frayeurs. Ensuite, on a remporté l’Overwatch PIT avec un autre groupe appelé Blue. Après, on a participé à l’ESWC avec deux équipes, Red et Blue qui ont respectivement terminé 3èmes et 1ers. Au vu des derniers résultats et de ma vision de la méta, j’ai décidé de continuer avec Blue pour la participation aux Contenders. Pour cette deuxi ème saison, je sais qu’on fera un top 5/8 comme la saison précédente. Malgré tout, on est des compétiteurs et on a vraiment envie d’aller le plus loin possible. À savoir si j’ai eu ou non un impact positif sur la progression, c’est à l’équipe de le juger. Je fais mon maximum tous les jours pour faire évoluer l’équipe. Mon travail, c’est de faire gagner des matchs donc je me concentre sur les joueurs qui ont plus de temps de jeu ou le roster qui va participer au prochain match. Forcément, ça m’oblige à passer moins de temps avec des joueurs que j’aimerais faire progresser individuellement. Heureusement, moonL me soulage en gérant ceux qui ne participent pas aux Contenders.

 

TK : Vous avez une carrière en tant préparateur physique et mental auprès de l’équipe de France espoir de basket-ball et du club de Montpellier. Quels sont les préceptes issus de cette expérience que vous utilisez quotidiennement avec les joueurs ?

F : On peut retranscrire du sport traditionnel à l’eSport toute la partie préparation mentale avec le travail d’imagerie mentale, de mise en condition ou encore de motivation. Ce sont des notions transversales entre l’athlète sportif et l’athlète eSportif. Je n’utilise pas vraiment la partie préparation physique, mis à part la nutrition où j’ai tendance à donner quelques conseils pour favoriser la concentration, éviter d’être à plat lors des matchs, faire attention à l’hypoglycémie durant l’effort, ce genre de choses... Le management et le coaching mental est ce que j’utilise le plus pour essayer de conditionner les joueurs. Lorsque je fais des sessions de travail individuelles sur la partie stratégique, j’en profite pour travailler aussi le pendant psychologique et la mise en condition. J’effectue ce type de démarches en fonction des besoins et ce que je ressens comme besoin pour le joueur. Ensuite, il y a la partie collective qui se caractérise par mes speechs d’avant match pour les aider à se concentrer, à se mettre dans leurs bulles, à ne penser à rien d’autre. Ils commencent à imaginer la partie et comment elle va se dérouler avec leurs rôles, le placement de leurs coéquipiers et comment réagir en fonction de l’adversaire. C’est un travail d’imagerie mentale qui permet d’être focalisé directement sur le match sans disperser ses pensées et ainsi, donner son maximum. C’est assez compliqué de le faire uniquement en ligne parce qu’il y a toute la communication gestuelle qui a un impact direct sur l’écoute et l’attention. L’exercice depuis un micro-casque est nouveau et je joue énormément sur les intonations de voix, sur la façon dont j’essaye de transmettre l’information.

 

TK : Pour conclure, pourquoi portez-vous quasi systématiquement uniquement des chemises ?

F : Lorsque tu travailles dans le sport de haut niveau, la chemise, ce n’est pas un vêtement que tu peux porter. Tu fournis les trois quarts du temps un effort physique, surtout quand tu travailles sur la préparation physique. Ca m’avait manqué de passer ces cinq dernières années à ne pas pouvoir porter de chemises. Ça vient aussi du cast. Quand on a commencé avec Albless, on a voulu le faire proprement, avec des chemises et c’est resté par la suite. Ça a aussi un impact psychologique sur les joueurs. Bien sûr, la tenue que tu portes renvoie une image aux personnes qui te voient. Un jour, avec quelques joueurs de l’équipe, on regardait une vidéo « Inside LA Valiant ». Le coach coréen Moon est rentré avec un costume et des petites chaussures bien cirées. Il faisait hyper sérieux et rigide. Sa tenue vestimentaire reflétait cette image d’autorité et de hiérarchie qui lui permettait d’avoir un discours mieux reçu ou rapidement accepté par les joueurs. Même si je m’habillais un peu comme ça auparavant, ça m’a conforté dans l’idée que, pour paraître professionnel, c’est un plus que de porter ce type de vêtement.

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