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Les paris sont ouverts !

 

Les paris sont ouverts !

La plus haute autorité de justice états-unienne a décidé, ce lundi 14 mai, d’abroger la loi de 1992 qui interdisait les paris sportifs dans quarante-six états. Une nouvelle qui devrait, par extension, impacter l’univers de l’eSport en permettant de parier sur l’issue des matchs. Pour le moment, les seules possibilités offertes aux fans américains sont les loot boxes et les paris sur items, amplement popularisés par des plateformes comme Steam et standardisés par certains jeux vidéo.

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Une décision saluée par Donald Trump, Président des États-Unis.

Il faut sauver Atlantic City

Ainsi, la Cour Suprême a statué en faveur de l’État du New Jersey qui se battait depuis 2010 pour obtenir le droit de mettre en place des paris sportifs, dans l’optique de pallier aux difficultés rencontrées par les casinos à Atlantic City. Depuis 2014, quatre des douze casinos ont dû fermer, causant la suppression de milliers d’emplois et obligeant la municipalité, au bord de la faillite, à n’assurer que les services essentiels. Chris Christie, gouverneur républicain du New Jersey, est à l’origine de cette lutte acharnée durant laquelle, lui et ses équipes, ont essuyé plusieurs refus de la part des tribunaux. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, avait rejoint Chris Christie dans son combat, étant lui-même propriétaire d’un hôtel-casino, le Trump Marina. Rappelons que le Trump Taj Mahal et le Trump Plaza, ont respectivement fermé leurs portes en 2014 et 2016.

Dès lors, la ville pourrait rebondir en organisant ces paris sportifs et en s’appuyant, notamment, sur la fièvre des supporters des différentes ligues que possède le pays. La loi de 1992, soit la Professional and Amateur Sports Protection Act, a été jugée contraire aux principes de la Constitution, à six voix contre trois. Sur Twitter, Chris Christie n’a pu s’empêcher d’écrire : « Un grand jour pour le droit des Etats et le droit de leurs populations à décider par elles-mêmes ». Bien que l’opposition à cette abrogation principalement constituée de groupes religieux chrétiens et musulmans soit mise en échec, les fédérations sportives, liées aux contraintes économiques, mais à contre-pied de leur ligne historique, semblaient de plus en plus enclin à accepter l’arrivée de paris sportifs. Le commissaire général de la NBA, Adam Silver, préconisait un changement radical sur la question. Selon l’American Gaming Association, les paris sportifs existent déjà clandestinement et se chiffreraient à 150 milliards de dollars.

Surnommé le Bradley Act, du nom du sénateur ayant poussé la loi et étant une ancienne vedette de Basket-ball, cette loi votée en 1992 avait permis de bannir les paris sportifs professionnels comme universitaires dans tous les états, sauf au Nevada, Oregon, Montana et Delaware, où les bookmakers avaient acquis ce droit. À l’époque, l’élu démocrate Bill Bradley avait expliqué que « les paris sportifs sous l’égide des Etats véhiculeraient le message que, dans le sport, l’argent est plus important que le dépassement de soi et l’esprit sportif ». Le congrès avait adopté la législation principalement dans l’optique d’éviter une influence néfaste des paris sur la tenue des rencontres sportives. Une décision soutenue par les quatre grandes fédérations que sont la MLB (Major League Baseball), la NBA (National Basketball Association), la NFL (National Football League) et la NHL (National Hockey League).

Tour d’horizon des paris eSportifs

Le loquet fédéral étant déverrouillé, les analystes s’accordent sur le fait qu’au moins une douzaine d’État pourrait rapidement statuer en faveur des paris sportifs. Une nouvelle qui devrait avoir un impact sur l’eSport dans l’avenir même si de nombreuses controverses ont été soulevées sur la question ces dernières années. Des percées ont pourtant déjà été réalisées. En 2017, William Hill, bookmaker et site de paris en ligne mondialement connu, avait proposé des mises lors de la DreamHack Masters à Las Vegas sur le tournoi Counter-Strike: Global Offensive ou durant l’IEM d’Oakland sur la compétition League of Legends. En Europe, les bookmakers s’implantent lentement mais sûrement dans le paysage eSportif, à l’image de Betway, principal sponsor de l’équipe suédoise de CS : GO Ninjas in Pyjama. Autre exemple, en France, la Française des Jeux a dynamisé sa marque ParionsSport en proposant chaque semaine des paris esportifs gratuits en pré-match et en live autour d'une soixantaine de rencontres. Au lieu de remporter une somme d’argent, les participants remportent des points pouvant être investi dans des lots aux couleurs des meilleurs équipes tels que des t-shirts, des jerseys, des casquettes, des drapeaux et bien d’autres.

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Le marché des loot boxes et des paris sur les objets virtuels pourraient atteindre les 50 milliards de dollars en 2022.

En Grande-Bretagne, la Gambling Commission, chargée de réguler les paris en adéquation avec le Gambling Act de 2005, a analysé les pratiques des jeunes générations issues de l’Angleterre, de l’Écosse et du Pays de Galle. Dans ce sondage daté de 2017, 12% des 11-16 ans avaient effectué un pari dans la dernière semaine. Plus particulièrement dans l’univers des jeux vidéo, 11% ont parié sur des objets virtuels disponibles en jeu et 45% connaissent ce principe. Plus récemment, en avril 2018, l’organisme d’analyse Juniper Research estimait que les loot boxes et les paris sur les items allaient générer 50 milliards de dollars en 2022, soit plus de 30 milliards de dollars que cette année. « Les skins sont acquis à la fois en jouant à des jeux vidéo et en ouvrant des loot boxes achetées. Ces éléments ont une valeur en fonction de la rareté et de la popularité au sein des communautés de jeu. Sur les PC, les skins sont échangés contre de l'argent réel via la Marketplace de Steam », a développé Lauren Foye, auteur de la recherche. La plateforme comptant 125 millions d'utilisateurs enregistrés dans le monde, profite d’un flou juridique à son encontre même si plusieurs pays tentent de réguler le phénomène.

Par ailleurs, en Corée du Sud, les paris sont autorisés sur les matchs eSportifs et les joueurs sont souvent la cible de bookmakers peu scrupuleux. En conséquence, des affaires de matchs truqués, ont déjà été recensés, notamment sur Starcraft où SaviOr a été reconnu coupable en 2010 de corruption pour des sommes allant de 2000 à 3000 dollars. Plus récemment, en janvier 2016, le jeune prodige Life est condamné pour avoir accepté la somme de 63 000 dollars pour perdre deux tournois. Si Starcraft et ses sommes mirobolantes défraient la chronique, des matchs truqués sur d’autres titres pour des enjeux moins importants ont également été répertoriés. En mars 2014, Promise, joueur de League of Legends a été inculpé pour matchs truqués alors qu’en 2016, Valve prenait la décision de bannir à vie seize joueurs d’origine française, américaine, canadienne et polonaise pour avoir faussé le résultats de matchs sur CS:GO. L’histoire se répète et il semblerait que l’eSport rencontre les mêmes difficultés que les sports traditionnels…

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